L’Insurrection politique et linguistique des esclaves dans <i>Bug-Jargal</i> de Victor Hugo
Résumé Publié en 1826, Bug-Jargal a pour cadre l’insurrection des esclaves à Saint-Domingue en 1791. Ce roman historique de Victor Hugo offre une vision documentée du système esclavagiste et de l’idéologie raciste qui le sous-tend. La Révolution française vient bouleverser une situation politique déjà complexe, et joue un rôle dans le déclenchement de la rébellion. La critique oscille entre interprétation négrophile et négrophobe de cette œuvre : certes, Bug-Jargal, chef noir, est une figure héroïque idéale, mais les autres Noirs, dirigés par le féroce Biassou, sont constamment discrédités, « amas de moyens sans but ». Le roman problématise toutefois sa propre réception à travers la mise en scène de l’auditoire, souvent sarcastique, du capitaine d’Auverney. Représentatif d’une vision paternaliste de la colonisation, ce narrateur ne remet jamais en cause les fondements de l’esclavage. Toutefois, son aveuglement persistant sur l’identité de Bug-Jargal décrédibilise son positionnement politique, tandis que le renversement carnavalesque opéré par Biassou, exhibe les signes du pouvoir blanc, leur faisant perdre toute évidence. Les insurgés contestent aussi le « style blanc », qu’il s’agisse de la terminologie raciste des Blancs, de la rhétorique révolutionnaire ou de tous les discours issus des Lumières. Plurilingue, l’éloquence des Noirs introduit l’altérité dans le langage des Blancs, autre instrument de sape de son autorité. Vigoureuse satire de la société domingoise, toutes couleurs confondues, l’œuvre ménage un espace de vigilance critique, politique et linguistique pour ses lecteurs.
Authors
- Caroline Raulet-Marcel
Institutions
- Université de Bourgogne (FR)
Publication Details
- Journal
- Romanic Review
- Published
- 2025-12-01
- DOI
- https://doi.org/10.1215/00358118-12104128
- Primary Topic
- French Literature and Poetry
- Type
- article
- Field-Weighted Citation Impact
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