Plateaux de Turquie
On voudrait, dans les lignes qui suivent, rendre compte de pratiques musicales qui ont cours dans quelques arrière-pays de la Turquie en s’aidant de la lecture de Gilles Deleuze, de ceux qu’il lit comme de ceux qui le lisent. Ou comment la philosophie de ce dernier révèle – au sens photographique du terme – le sens de ces ritournelles instrumentales qui, convoquant un matériau musical minimal, provoquent irrémédiablement le chant et la danse. Pour cela, on évoquera deux « terrains » ethnomusicologiques, l’un emprunté, l’autre en cours. Le premier est situé au cœur des montagnes du Taurus, au Sud-ouest de la Turquie, où d’anciens nomades se sont sédentarisés il y a quelques générations ; l’on y danse le zeybek, une danse individuelle évoquant d’anciennes histoires de bandits d’honneur, au son du üçtelli bağlama – un petit luth « à trois cordes » (üçtelli en turc) –. Le second, dans les montagnes pontiques du Nord-est, résonne lui au son du kemençe, la vièle locale – également à trois cordes – qui accompagne ces longues réunions de chanteurs nommées muhabbet. Ces lieux sont ce que l’on appelle en turc des yayla, des hauts-plateaux, anciens lieux d’estivage, enneigés une partie de l’année, où un relatif isolement a laissé subsister les vestiges d’une économie rurale.C’est là, dans ces autres plateaux, qu’on voudrait aller chercher des échos de la philosophie de Gilles Deleuze. Car peut-être en est-il des territoires musicaux comme des territoires philosophiques. Le jeu consisterait alors à faire passer en contrebande quelques concepts philosophiques vers ces lointaines musiques de la Turquie rurale, en déroulant le fil qu’y ont laissé d’autres ethnomusicologues.
Publication Details
- Journal
- Industrias Culturais (Universidade de Coimbra)
- Published
- 2024-10-16
- Primary Topic
- Contemporary art, education, critique
- Type
- article
- Field-Weighted Citation Impact
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