Le paradoxe de la desserte ferroviaire dans les espaces périphériques : le cas de Creil et La Roche-sur-Foron
La mobilité constitue à la fois une ressource essentielle pour la participation à la vie sociale et l’un des principaux contributeurs aux émissions de gaz à effet de serre. Dans le contexte de l’urgence climatique, les pouvoirs publics font face à un dilemme : comment réguler la mobilité sans creuser les inégalités sociales ? Ces tensions entre facteurs sociaux et environnementaux sont particulièrement marquées dans les espaces périphériques, où de fortes demandes de mobilité coïncident avec un manque d’alternatives viables à l’usage de la voiture individuelle. Dans cette situation, le développement de lignes ferroviaires desservant les franges des grandes aires urbaines est souvent présenté comme une solution pour répondre à ces enjeux. Cette vision s’inscrit toutefois dans un paradigme des transports, où la logique s’est déplacée de l’automobile vers les transports collectifs et les modes « doux », sans pour autant répondre à la réduction de l’usage de la voiture ou la coordination du transport et urbanisme. Cette thèse interroge ainsi les effets paradoxaux des services ferroviaires dans les espaces périphériques situés aux marges des régions métropolitaines. Elle s’appuie sur deux études de cas : la commune de Creil et son agglomération, situées aux franges extérieures de l’Île-de-France dans le département de l’Oise, et la petite ville de La Roche-sur-Foron et son intercommunalité, positionnées dans la périphérie française de Genève, en Haute-Savoie. L’analyse est ancrée dans le concept de dépendance à la mobilité (Gallez, 2015). La situation de dépendance à la mobilité découle de l’augmentation des besoins de déplacements. Elle résulte des transformations socio-spatiales des espaces urbanisés liés aux développement de la vitesse, mais est également portée par de multiples injonctions à la mobilité, ainsi que par la valorisation sociale de la mobilité, tant dans les sphères professionnelles que de loisirs. Ce concept est ainsi mobilisé pour analyser la manière dont les inégalités sociales et spatiales sont produites et renforcées par les politiques locales et régionales d’aménagement et de transport. Sur le plan méthodologique, la thèse adopte une méthode mixte combinant l’analyse statistique des dynamiques territoriales et une enquête qualitative. Dans un premier temps, j’examine la manière dont les flux de mobilité domicile-travail et le développement des infrastructures de transport façonnent à la fois les dynamiques internes du territoire et ses relations avec la métropole et la région. Une deuxième ligne d’analyse engage une lecture critique des discours des acteurs locaux et des élus, en analysant les politiques de transport et d’aménagement et leur articulation avec le service ferroviaire. Enfin, j’explore les expériences et les pratiques de mobilité quotidienne des habitant.e.s. Une attention particulière est portée aux individus confrontés à des formes croisées de discrimination liées au genre, à la race, à la classe sociale ou à la condition économique. Cette thèse met ainsi en lumière la manière dont les infrastructures de transport conditionnent l’accès aux services, au logement et à l’emploi, contribuant à la reproduction – ou à la réduction – des inégalités dans les régions métropolitaines périphériques
Authors
- Maya El Khawand
Institutions
- Laboratoire Ville Mobilité Transport (FR)
Publication Details
- Journal
- theses.fr (ABES)
- Published
- 2025-11-26
- Primary Topic
- French Urban and Social Studies
- Type
- article
- Field-Weighted Citation Impact
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