Trois essais sur la transition climatique, le commerce, les effets d'équilibre et les agents hétérogènes
Les trois chapitres de cette thèse portent sur la transition climatique, le commerce, les agents hétérogènes et les effets d'équilibre. Le premier chapitre aborde le biais carbone des politiques commerciales, mis en évidence pour la première fois par Shapiro (2021). Ce terme désigne le fait que les secteurs plus polluants bénéficient d'une protection commerciale moindre que les secteurs plus propres, ce qui conduirait à des émissions supplémentaires par rapport à une situation sans hétérogénéité des droits de douane. À l'aide d'un modèle d'équilibre général intégrant les émissions des principaux gaz à effet de serre, nous confirmons l'existence d'un biais carbone en 2019, toutefois nettement moins important que les estimations précédentes. Ce biais est principalement dû aux faibles droits de douane sur les combustibles fossiles. Nous montrons que l'ampleur et le signe du biais sont très sensibles à des changements mineurs de modélisation, tels que la prise en compte de la nature finie des ressources en combustibles fossiles et l'inclusion des taxes nationales sur ces combustibles. Ces résultats suggèrent que les droits de douane traditionnels ne sont pas un outil adapté pour lutter contre les externalités climatiques. Des politiques publiques dédiées, telles que l'ajustement carbone aux frontières, semblent être plus prometteuses pour prévenir les fuites. Le deuxième chapitre se concentre sur une forme de fuite et une limitation importante des dispositifs d'ajustements carbone aux frontières, connue sous le nom de « reshuffling » ou « ressource shuffling ». L'ajustement carbone aux frontières est un outil qui peut être utilisé par une région ayant mis en place une taxe carbone afin de garantir une concurrence équitable sur son marché, en garantissant que les importations paient des taxes carbone similaires à celles de la production locale. Le « reshuffling » est une réaction à cette politique, par laquelle les flux verts étrangers sont redirigés vers la région réglementée, mais sans modification des émissions de la production étrangère. Nous montrons par un modèle théorique que le reshuffling est lié aux rendements d'échelle décroissants. Ce constat peut exister pour une entreprise individuelle, par exemple en raison de limites de capacité, ou au niveau du marché dans son entièreté, par exemple en raison de la disponibilité des intrants. Nos résultats suggèrent que les limites de disponibilité de la ferraille seraient une source importante de reshuffling pour le secteur sidérurgique lorsque le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) de l'Union européenne entrera pleinement en vigueur. Nos simulations stylisées aboutissent à des fuites pouvant atteindre 75 % de la réduction due au marché européen du carbone et au MACF.Les deux premiers chapitres illustrent la difficulté d'élaborer des politiques climatiques et le coût de la transition. Les nombreuses difficultés de ce type ont accru l'attention apportée, en tant que moyen alternatif de décarbonation, aux changements comportementaux susceptibles de réduire la demande de biens à forte intensité de gaz à effet de serre. Dans le dernier chapitre, nous étudions deux types de changements de préférences liés à la transition climatique : une préférence accrue pour la consommation verte et une aversion accrue pour le travail dans le secteur brun. Nous proposons un modèle stylisé pour étudier, en équilibre général, l'effet de chocs sur les préférences. Nous les comparons aux chocs fiscaux et de productivité, plus couramment étudiés. Notre analyse cherche à la fois à déterminer les conditions d’efficacité de tels changements, leurs impacts sur l'économie, et leurs effets redistributifs lorsque ces changements ne concernent qu'une partie de la population.
Authors
- Youssef Salib
Publication Details
- Journal
- theses.fr (ABES)
- Published
- 2025-12-03
- Primary Topic
- Climate Change Policy and Economics
- Type
- article
- Field-Weighted Citation Impact
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