« Mieux qu’une fille ? »

À partir d’une enquête par entretiens auprès de personnes âgées ayant recours à une aide à domicile, cet article propose d’analyser les reconfigurations et les stratégies de reproduction des rapports de pouvoir au sein des familles au moment de l’entrée dans le grand âge des aîné·es. Les personnes âgées en perte d’autonomie, souvent envisagées comme objets des politiques publiques et des arrangements familiaux, sont ici pensées comme des acteurs et des actrices de leur situation de vie. En se concentrant sur le secteur du particulier employeur – quand le ou la bénéficiaire est aussi l’employeur·se direct·e de l’aide à domicile –, nous analysons les relations ambivalentes à la fois affectives et salariales qui se tissent entre les deux parties, en les réinscrivant dans des configurations familiales variées et des rapports sociaux de classe, de sexe, de race et d’âge. Pour les personnes âgées, le recours à des aides à domicile apparaît comme une manière de maintenir des formes de valorisation de soi et un contrôle sur sa vie, notamment vis-à-vis des enfants, mais toutes n’ont pas les mêmes ressources pour faire face au vieillissement. La qualification des relations avec les aides à domicile comme filiales ou amicales repose sur une sélection sociale et raciale des salariées et si elle se pense comme philanthropique dans les classes supérieures, elle sert d’abord à gérer l’embarras social vis-à-vis de la relation salariale dans les classes populaires. Enfin, en venant dans les domiciles laver, cuisiner et soigner, les aides à domicile assurent du travail assimilé au travail domestique effectué gratuitement par les femmes de la maisonnée dans d’autres circonstances ou temporalités. Cette assimilation questionne, voire concurrence, la place des épouses ou des filles tout en intégrant les aides à domicile aux obligations morales de la famille. Leur place centrale demeure néanmoins fragile tant ces liens peuvent être remis en cause face à des disputes proprement salariales ou au moment de la fin de vie de leur employeur·se.

Authors

Publication Details

Journal
Actes de la recherche en sciences sociales
Published
2025-12-23
DOI
https://doi.org/10.3917/arss.260.0022
Primary Topic
Aging, Elder Care, and Social Issues
Type
article
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article

« Mieux qu’une fille ? »

Marion Gaboriau, Eve Meuret-Campfort
Actes de la recherche en sciences sociales
Aging, Elder Care, and Social Issues
article

« Mieux qu’une fille ? »

Marion Gaboriau, Eve Meuret-Campfort
article en

Abstract

À partir d’une enquête par entretiens auprès de personnes âgées ayant recours à une aide à domicile, cet article propose d’analyser les reconfigurations et les stratégies de reproduction des rapports de pouvoir au sein des familles au moment de l’entrée dans le grand âge des aîné·es. Les personnes âgées en perte d’autonomie, souvent envisagées comme objets des politiques publiques et des arrangements familiaux, sont ici pensées comme des acteurs et des actrices de leur situation de vie. En se concentrant sur le secteur du particulier employeur – quand le ou la bénéficiaire est aussi l’employeur·se direct·e de l’aide à domicile –, nous analysons les relations ambivalentes à la fois affectives et salariales qui se tissent entre les deux parties, en les réinscrivant dans des configurations familiales variées et des rapports sociaux de classe, de sexe, de race et d’âge. Pour les personnes âgées, le recours à des aides à domicile apparaît comme une manière de maintenir des formes de valorisation de soi et un contrôle sur sa vie, notamment vis-à-vis des enfants, mais toutes n’ont pas les mêmes ressources pour faire face au vieillissement. La qualification des relations avec les aides à domicile comme filiales ou amicales repose sur une sélection sociale et raciale des salariées et si elle se pense comme philanthropique dans les classes supérieures, elle sert d’abord à gérer l’embarras social vis-à-vis de la relation salariale dans les classes populaires. Enfin, en venant dans les domiciles laver, cuisiner et soigner, les aides à domicile assurent du travail assimilé au travail domestique effectué gratuitement par les femmes de la maisonnée dans d’autres circonstances ou temporalités. Cette assimilation questionne, voire concurrence, la place des épouses ou des filles tout en intégrant les aides à domicile aux obligations morales de la famille. Leur place centrale demeure néanmoins fragile tant ces liens peuvent être remis en cause face à des disputes proprement salariales ou au moment de la fin de vie de leur employeur·se.

Actes de la recherche en sciences socialesVol. N° 260(5)
Gender equality
Openalex Percentile: Top 20%
Aging, Elder Care, and Social Issues
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