"Tragédie crétoise" : idées et réseaux d'une élite ottomane impérial provinciale au tournant du XXe siècle
La présente recherche doctorale a pour objet l’étude de l’évolution des réseaux sociopolitiques et des idées des intellectuels ottomans d’opposition qui occupaient des postes importants au sein de l’administration ottomane. Ces derniers ont été témoins de crises politiques et humanitaires sans précédent en Crète et dans l’Empire ottoman au tournant du XXe siècle. L’implication de ces intellectuels dans les réseaux de conspiration et de solidarité du mouvement des Jeunes Turcs a été facilitée par la création d’un réseau en Crète sous le nom de « Société islamique des humanistes » (Muḥibb-i İnsāniyet Cemʽiyet-i İslāmiyyesi). L’importance de cette organisation est illustrée par le voyage de la figure centrale, Hüseyin Nesimi, à Paris et à Genève, où il s’est entretenu avec des figures centrales de l’opposition ottomane, telles qu’Ahmed Rıza. Cette coopération et cette communication entre activistes ont conduit à une prolifération de publications en turc ottoman et en français, décrivant les souffrances endurées par la population musulmane crétoise lors de la crise humanitaire (Girīd Hā’ilesī) qui faisait rage, entre conflits ruraux et urbains. Ces publications font souvent référence à l’intervention impérialiste des puissances européennes du début du mois de février 1897. En examinant le travail de ces intellectuels dans une perspective historique, avec un focus sur le cas fascinant de Hüseyin Nesimi, une partie substantielle des mouvements réformateurs et constitutionnalistes au sein de l’Empire et au-delà se dévoile. La presse diasporique des Jeunes Turcs à Paris et à Genève témoigne de cette complexité, en abordant de manière constante et détaillée la question crétoise et les références de leurs compagnons en Crète. Cette approche met en lumière la nature multifacette du mouvement d’opposition et la difficulté de déterminer son unité.Le concept d’ottomanisme est un principe fondamental qui sous-tend les travaux réalisés pour résoudre la crise sociopolitique qui affecte l’Empire et la coexistence de diverses communautés. La thèse avancée ici est que le constitutionnalisme a joué un rôle unificateur entre les intellectuels chrétiens orthodoxes et musulmans de l’île, adoptant une position équilibrée entre les aspirations irrédentistes du royaume grec et le centralisme hamidien d’Istanbul, qui chacun déploient des projets pour l’avenir de l'île. Cette forme de constitutionnalisme, objet de convoitise, s’est manifestée à travers des métaphores et des traductions culturelles, comme en attestent les textes étudiés.La recherche en question remet en cause les cadres, principalement ethnocentriques et téléologiques, de l’historiographie des deux pays. En s’appuyant sur des archives d’Istanbul, de Crète, d’Athènes, de Paris et de Nantes, ce travail met en lumière le réseaux complexes d’idées et de connexions transimpériales favorisé par l’intelligentsia ottomane multilingue dans les provinces. La thèse de doctorat s’inscrit dans une démarche en intégrant des méthodologies, telles que l’histoire des concepts et une approche microhistorique centrée sur les individus, afin d’interroger les structures sociales et politiques plus vastes au niveau macro. L’étude approfondie des réseaux d’intellectuels, de bureaucrates et de militants crétois permet de saisir les développements et les processus idéologiques et politiques en Méditerranée orientale et en Europe durant la période allant de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle. Cette approche facilite une transition progressive des modèles impériaux vers ceux des États-nations, au prisme des concepts de parlementarisme et de constitutionnalisme.
Authors
- Antonios Nasis
Publication Details
- Journal
- theses.fr (ABES)
- Published
- 2025-06-16
- Primary Topic
- North African History and Literature
- Type
- article
- Field-Weighted Citation Impact
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