L'anthropologie aux prises avec l'histoire de l'Algérie coloniale et postcoloniale
Résumés: Dans ce travail, il nous a paru nécessaire dans un premier temps de revenir sur les présupposés théoriques agissant dans l'historiographie coloniale et postcoloniale ainsi que dans le matériel conceptuel élaboré par les sciences sociales dominantes. Dans l'anthropologie coloniale et postcoloniale par exemple, la notion de « tribu » largement en usage dans toute la littérature coloniale y compris dans le monde académique nous a posé problème comme concept non adéquat pour rendre compte des formes prises sur le terrain par les divers types de communautés rurales dites traditionnelles et leurs diverses formes d'expression symboliques, culturelles ou religieuses. Nous avons tenu à montrer comment le processus de colonisation, en menaçant de disparition les formes anciennes du rapport à la terre, le système coutumier d'appropriation, de distribution et redistribution communautaire des biens a exacerbé en contrecoup le recours aux anciennes formes de solidarité du groupe. Ainsi rebondissait sur le terrain épistémologique et ontologique la question du sujet individuel et du sujet collectif, du collectivisme, du communautarisme et de la revendication identitaire face à une économie de marché en voie de généralisation. Alors que l'anthropologie décryptait les recours au sacré, aux représentations symboliques et aux rites et croyances comme à des forces célestes transcendantes et quasiment a-historiques, les dispositifs mis en place par la colonisation des terres ancestrales ont amené « les ancêtres à redoubler de férocité », pour reprendre l'expression rendue célèbre par l'écrivain Kateb Yacine dans Nedjma . De la même façon, une fois le pouvoir colonial renversé par la résistance des communautés singulières devant peuple en lutte, l'État central désormais indépendant, reposait à nouveau, dans l'histoire du temps présentant, la question du privé et du collectif, du singulier et du communautaire, de l'individualisme et du communautarisme exacerbés. Abstract: This article revisits the theoretical assumptions underlying colonial and postcolonial historiography, as well as the conceptual material developed by the dominant social sciences. In colonial and postcolonial anthropology, for example, the notion of "tribe", widely used throughout colonial literature, including in academia, poses a problem as an inadequate concept for accounting for the forms taken in the field by the various types of so-called traditional rural communities and their various forms of symbolic, cultural, or religious expression. We show how the process of colonization, by threatening to wipe out the old ways of relating to the land and the customary system of community appropriation, distribution, and redistribution of goods, ended up making people turn to old forms of group solidarity. This led to a resurgence of the epistemological and ontological questions of the individual and collective subjects, collectivism, communitarianism, and the assertion of identity in the face of a rapidly spreading market economy. While anthropology interpreted the use of the sacred, symbolic representations, rituals, and beliefs as transcendent and almost ahistorical celestial forces, the measures put in place by the colonization of ancestral lands led "the ancestors to redouble their ferocity", to borrow the expression made famous by the writer Kateb Yacine in Nedjma . Similarly, once colonial power had been overthrown by the resistance of individual communities facing a struggling people, the now independent central state once again raised, in the history of the present, the question of the private and the collective, the individual and the community, and exacerbated individualism and communitarianism.
Authors
- Daho Djerbal
Publication Details
- Journal
- Expressions maghrébines
- Published
- 2025-12-01
- DOI
- https://doi.org/10.1353/exp.2025.a978449
- Primary Topic
- African Studies and Ethnography
- Type
- article
- Field-Weighted Citation Impact
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