La prise de décision sociale, tôt dans le développement, prédictive de l’avenir cognitif : bases neurobiologiques
La compréhension de l’origine de la variabilité interindividuelle dans la prise de décision reste limitée. Face à des situations identiques, les individus expriment des préférences décisionnelles distinctes, influencées par des facteurs environnementaux et cérébraux. Des travaux antérieurs ont mis en évidence, lors d’une tâche de gambling, trois profils robustes chez la souris (préférence pour le risque, aversion au risque, et adaptation au risque), suggérant des stratégies différenciées face à l’incertitude. Cette étude explore l’hypothèse que l’expérience sociale précoce, la première forme de décision rencontrée par les mammifères qui est incertaine par l’imprévisibilité de la réaction d’autrui, pourrait influencer la structuration des réseaux préfronto-limbiques et des circuits monoaminergiques et conditionner ultérieurement les stratégies décisionnelles face au risque. Ce travail vise à déterminer : 1. si une variabilité interindividuelle sociale est observable à l’adolescence et se traduirait par l’émergence de profils distincts lors d’interactions sociales, 2. si ces profils sociaux précoces seraient corrélés aux préférences décisionnelles liées à la prise de risque observées adulte dans une tâche de gambling, et 3. si ce lien repose sur des mécanismes neurobiologiques communs modulés par l’expérience sociale. Deux études complémentaires ont été conduites. La première a caractérisé les comportements spontanés lors d’interactions sociales libres entre congénères, permettant d’identifier des profils sociaux et d’évaluer leur association avec l’expression basale d’ARNm (systèmes dopaminergique, sérotoninergique, indolaminergique) et avec les niveaux de métabolites cérébraux dans des régions cibles (cortex préfrontal, hippocampe, cervelet etbulbe olfactif). La seconde étude permis d’évaluer la reproductibilité des profils sociaux sur une nouvelle cohorte d’animaux, puis d’examiner leur lien avec les choix et prise de risque dans une tâche de gambling à l’âge adulte. Les analyses ont également intégré les différences selon le sexe en termes de profils comportementaux et de signatures neurochimiques. Trois profils sociaux robustes ont été identifiés : (i) un « dominant », (ii) un « dominé », et (iii) un « explorateur » qui exprime plus d’intérêt pour explorer l’environnement que le nouveau congénère. Ces profils prédisaient des variations spécifiques d’expression de gènes impliqués dans les voies monoaminergiques et indolaminergiques, ainsi que des différences de métabolites régionales. Les données de la seconde étude confirment la présence de ces trois profils, avec une addition d’un profil plus « a-social » chez les mâles sans aucun intérêt ni initiative sociale, et celle d’un profil « tolérant » chez les femelles, caractérisé par une réceptivité passive aux approches sociales. Cette étude montre que la dominance ou soumission exprimée à l’adolescence est corrélée à la rigidité comportementale dans la prise de décision risquée à l’âge adulte, suggérant l’existence de mécanismes neuronaux et cognitifs communs face à l’incertitude. De plus, des différences selon le sexe ont été observées : chez les femelles, la prise de risque est principalement associée aux systèmes dopaminergique et indolaminergique dans l’hippocampe et le cortex préfrontal, alors que chez les mâles, elle implique à la fois les systèmes dopaminergique et glutamatergique, notamment au niveau du préfrontal, du striatum et du bulbe olfactif.
Publication Details
- Journal
- theses.fr (ABES)
- Published
- 2025-10-16
- Primary Topic
- Neural and Behavioral Psychology Studies
- Type
- article
- Field-Weighted Citation Impact
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