Présentation d'une lettre <i>Qiaopi</i> envoyée depuis Saigon-Cholon : à propos d'une documentation précieuse pour l'histoire des migrations chinoises en Indochine durant la première moitié du XXe siècle

Abstract À partir de la fin du XVIIIe et jusqu'au début du XXe siècle, une émigration massive composée essentiellement de travailleurs quitta les zones côtières du sud de la Chine, particulièrement dans la région de Chaoshan et la ville de Shantou. Ces migrants laissaient souvent derrière eux des parents, des frères et sœurs, parfois femmes et enfants, restés au village et qui, fréquemment, ne devaient leur subsistance qu’à l'argent envoyé par ces travailleurs. Ces envois de fonds étaient accompagnés de lettres des migrants et constituaient le seul lien qui reliait encore ces Chinois à leurs familles restées au pays. On donna le nom de qiaopi 僑批 à cette correspondance épistolaire familiale et privée. Elle était transportée et distribuée par des hommes qui parcouraient de très longues distances afin de rejoindre des villages reculés des provinces côtières chinoises où vivaient les familles destinataires. On appelait alors ces individus les shuike 水客. Leur rôle ne se limitait pas à l'acheminement des qiaopi. Il s'agissait de véritables organisateurs de la migration outremer des travailleurs de la région de Chaoshan au cours du XIXe siècle. Encore méconnus du grand public, les shuike eurent un rôle essentiel dans les interactions entre cette diaspora de travailleurs chinois éparpillée dans l'Asie du Sud-Est. Pour les familles, ils furent les émissaires de bonnes nouvelles ; leur arrivée signifiait que leur parent parti au loin vivait encore ; l'argent rapporté était attendu avec impatience et fournissait un court répit à leur vie précaire et difficile. Qiaopi et shuike sont devenus deux éléments incontournables dans l’étude et la compréhension du fonctionnement de l’émigration chinoise des travailleurs au cours de cette époque.

Institutions

Publication Details

Journal
French Colonial History
Published
2025-11-11
DOI
https://doi.org/10.14321/frencolohist.23-24.2025.0125
Primary Topic
Vietnamese History and Culture Studies
Type
article
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Présentation d'une lettre Qiaopi envoyée depuis Saigon-Cholon : à propos d'une documentation précieuse pour l'histoire des migrations chinoises en Indochine durant la première moitié du XXe siècle

French Colonial History
Vietnamese History and Culture Studies
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Présentation d'une lettre Qiaopi envoyée depuis Saigon-Cholon : à propos d'une documentation précieuse pour l'histoire des migrations chinoises en Indochine durant la première moitié du XXe siècle

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Abstract À partir de la fin du XVIIIe et jusqu'au début du XXe siècle, une émigration massive composée essentiellement de travailleurs quitta les zones côtières du sud de la Chine, particulièrement dans la région de Chaoshan et la ville de Shantou. Ces migrants laissaient souvent derrière eux des parents, des frères et sœurs, parfois femmes et enfants, restés au village et qui, fréquemment, ne devaient leur subsistance qu’à l'argent envoyé par ces travailleurs. Ces envois de fonds étaient accompagnés de lettres des migrants et constituaient le seul lien qui reliait encore ces Chinois à leurs familles restées au pays. On donna le nom de qiaopi 僑批 à cette correspondance épistolaire familiale et privée. Elle était transportée et distribuée par des hommes qui parcouraient de très longues distances afin de rejoindre des villages reculés des provinces côtières chinoises où vivaient les familles destinataires. On appelait alors ces individus les shuike 水客. Leur rôle ne se limitait pas à l'acheminement des qiaopi. Il s'agissait de véritables organisateurs de la migration outremer des travailleurs de la région de Chaoshan au cours du XIXe siècle. Encore méconnus du grand public, les shuike eurent un rôle essentiel dans les interactions entre cette diaspora de travailleurs chinois éparpillée dans l'Asie du Sud-Est. Pour les familles, ils furent les émissaires de bonnes nouvelles ; leur arrivée signifiait que leur parent parti au loin vivait encore ; l'argent rapporté était attendu avec impatience et fournissait un court répit à leur vie précaire et difficile. Qiaopi et shuike sont devenus deux éléments incontournables dans l’étude et la compréhension du fonctionnement de l’émigration chinoise des travailleurs au cours de cette époque.

French Colonial HistoryVol. 23-24
Université Paris Cité (FR), Sorbonne Paris Cité (FR), Center for Social Studies on African, American and Asian Worlds (FR)
Reduced inequalities
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Vietnamese History and Culture Studies
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