L’innovation disruptive : l’histoire d’une idée et ses ramifications pour la politique de concurrence

Cette thèse est l’aboutissement d’une enquête sur la signification du terme « innovation disruptive ». Dans l’imaginaire collectif, l’innovation disruptive est associée à de nombreuses images, du move fast and break things de Facebook aux chauffeurs de taxi apostrophant les chauffeurs Uber. Dans la Silicon Valley, elle incarne souvent l’aspiration d’une start-up à rester à l’avant-garde pour garder un coup d’avance et développer the next big thing. Dans les écoles de commerce, elle sert de mise en garde : on raconte aux futurs dirigeants comment certaines entreprises prospères se sont effondrées face à la disruption. Que signifie l’innovation disruptive dans la politique de concurrence ? Lorsque j’ai commencé à me pencher sur cette question, je n’ai pas trouvé de réponse claire, malgré la croissance exponentielle de la littérature dédiés à l’innovation disruptive. Afin d’apporter une perspective plus fine au débat, je me propose de faire d’abord une histoire intellectuelle de l’idée d’innovation de rupture (partie I). J’évalue ensuite comment l’approche de la politique de concurrence à l’égard de l’innovation de rupture (partie II) se situe par rapport à cette histoire intellectuelle (partie III).La première partie se sert de l’histoire des idées. Elle retrace l’idée de l’innovation disruptive de Schumpeter à Christensen et à la Silicon Valley d’aujourd’hui, en passant par différents courants de l’économie et de la gestion. La partie II passe en revue les études, la jurisprudence et les développements politiques pertinents pour examiner l’innovation disruptive dans la politique de concurrence de l’UE et des États-Unis. Elle les replace également dans le contexte des tendances plus générales de l’approche de la politique de concurrence à l’égard de l’innovation et des marchés numériques. La partie III met la partie I en regard de la partie II, en vue de fournir une évaluation de la manière dont l’innovation disruptive est comprise dans la politique de la concurrence - une évaluation qui est théoriquement solide et historiquement consciente. Je conclus tout d’abord que si Schumpeter occupe une place importante dans la politique de concurrence contemporaine, son travail est souvent mal interprété. Bien que certains universitaires aient rendu hommage à la théorie de Christensen, l’engagement à l’égard de ses travaux est négligeable, à l’exception de quelques auteurs. D’autres penseurs de l’innovation disruptive ont pour la plupart été tenus à l’écart de la politique de concurrence. Cette omission n’a pas été sans conséquences. En effet, je soutiens en second lieu qu’elle a empêché l’émergence d’une théorie sui generis de l’innovation disruptive dans la politique de concurrence. Alors que certains commentateurs se tournent vers les penseurs de l’innovation disruptive pour trouver un ancrage théorique, l’ambiguïté demeure quant à la manière dont l’innovation disruptive diffère des autres types d’innovation, et dont l’innovation disruptive se distingue des autres formes de « disruption » du marché. Troisièmement, cette étude met en évidence une tension entre les principes sous-jacents de l’innovation disruptive, tels qu’ils ont été mis au jour dans la première partie, et ceux de la politique de la concurrence, tels qu’ils ont été examinés dans la deuxième partie. La politique de la concurrence a exclu certains moteurs essentiels du changement technico-économique, tels que les révolutions technologiques et le capital de risque, que les théoriciens de l’innovation disruptive ont étudiés pendant plus d’un siècle. Une histoire intellectuelle de l’innovation disruptive permet d’atténuer les omissions susmentionnées. En tant que telle, elle permet aux spécialistes du droit de la concurrence d’avoir une compréhension plus fine et plus solide de l’innovation, de l’innovation disruptive et des transformations techno-économique.

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theses.fr (ABES)
Published
2024-12-19
Primary Topic
Geochemistry and Geologic Mapping
Type
article
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L’innovation disruptive : l’histoire d’une idée et ses ramifications pour la politique de concurrence

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Geochemistry and Geologic Mapping
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L’innovation disruptive : l’histoire d’une idée et ses ramifications pour la politique de concurrence

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Abstract

Cette thèse est l’aboutissement d’une enquête sur la signification du terme « innovation disruptive ». Dans l’imaginaire collectif, l’innovation disruptive est associée à de nombreuses images, du move fast and break things de Facebook aux chauffeurs de taxi apostrophant les chauffeurs Uber. Dans la Silicon Valley, elle incarne souvent l’aspiration d’une start-up à rester à l’avant-garde pour garder un coup d’avance et développer the next big thing. Dans les écoles de commerce, elle sert de mise en garde : on raconte aux futurs dirigeants comment certaines entreprises prospères se sont effondrées face à la disruption. Que signifie l’innovation disruptive dans la politique de concurrence ? Lorsque j’ai commencé à me pencher sur cette question, je n’ai pas trouvé de réponse claire, malgré la croissance exponentielle de la littérature dédiés à l’innovation disruptive. Afin d’apporter une perspective plus fine au débat, je me propose de faire d’abord une histoire intellectuelle de l’idée d’innovation de rupture (partie I). J’évalue ensuite comment l’approche de la politique de concurrence à l’égard de l’innovation de rupture (partie II) se situe par rapport à cette histoire intellectuelle (partie III).La première partie se sert de l’histoire des idées. Elle retrace l’idée de l’innovation disruptive de Schumpeter à Christensen et à la Silicon Valley d’aujourd’hui, en passant par différents courants de l’économie et de la gestion. La partie II passe en revue les études, la jurisprudence et les développements politiques pertinents pour examiner l’innovation disruptive dans la politique de concurrence de l’UE et des États-Unis. Elle les replace également dans le contexte des tendances plus générales de l’approche de la politique de concurrence à l’égard de l’innovation et des marchés numériques. La partie III met la partie I en regard de la partie II, en vue de fournir une évaluation de la manière dont l’innovation disruptive est comprise dans la politique de la concurrence - une évaluation qui est théoriquement solide et historiquement consciente. Je conclus tout d’abord que si Schumpeter occupe une place importante dans la politique de concurrence contemporaine, son travail est souvent mal interprété. Bien que certains universitaires aient rendu hommage à la théorie de Christensen, l’engagement à l’égard de ses travaux est négligeable, à l’exception de quelques auteurs. D’autres penseurs de l’innovation disruptive ont pour la plupart été tenus à l’écart de la politique de concurrence. Cette omission n’a pas été sans conséquences. En effet, je soutiens en second lieu qu’elle a empêché l’émergence d’une théorie sui generis de l’innovation disruptive dans la politique de concurrence. Alors que certains commentateurs se tournent vers les penseurs de l’innovation disruptive pour trouver un ancrage théorique, l’ambiguïté demeure quant à la manière dont l’innovation disruptive diffère des autres types d’innovation, et dont l’innovation disruptive se distingue des autres formes de « disruption » du marché. Troisièmement, cette étude met en évidence une tension entre les principes sous-jacents de l’innovation disruptive, tels qu’ils ont été mis au jour dans la première partie, et ceux de la politique de la concurrence, tels qu’ils ont été examinés dans la deuxième partie. La politique de la concurrence a exclu certains moteurs essentiels du changement technico-économique, tels que les révolutions technologiques et le capital de risque, que les théoriciens de l’innovation disruptive ont étudiés pendant plus d’un siècle. Une histoire intellectuelle de l’innovation disruptive permet d’atténuer les omissions susmentionnées. En tant que telle, elle permet aux spécialistes du droit de la concurrence d’avoir une compréhension plus fine et plus solide de l’innovation, de l’innovation disruptive et des transformations techno-économique.

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