Prise en compte de l'incertitude perceptive : caractériser l'hétérogénéité
Nous sommes constamment confrontés à l'incertitude lorsque nous percevons notre environnement. Nos observations sont partielles, ambiguës et limitées, tandis que l'environnement est imprévisible et en constante évolution. Pourtant, nous parvenons à former des perceptions cohérentes. La théorie bayésienne fournit un cadre pour comprendre ce processus : le cerveau infère les causes des perceptions à partir des informations fournies par les entrées sensorielles (la vraisemblance sensorielle) et des connaissances a priori sur la fréquence de ces causes. Cette inférence perceptive est un processus en deux étapes, impliquant la combinaison des connaissances a priori avec la vraisemblance sensorielle et la mise à jour de ces connaissances a priori, l'incertitude étant prise en compte à chaque étape. On observe de l'hétérogénéité dans l'inférence perceptive, notamment à travers les différences inter-études et interindividuelles. Une explication potentielle des différences entre études pourrait être le format des connaissances a priori, qui peuvent être explicites ou implicites. Ces deux types de connaissances a priori sont associés à des comportements distincts et peuvent reposer sur des calculs différents, bien que des preuves claires de cette distinction fassent encore défaut. Une explication possible des différences interindividuelles réside dans des traits psychologiques tels que les traits psychotiques, autistiques et anxieux, bien que les résultats restent incohérents, voire contradictoires. Ces contradictions pourraient provenir de différents choix concernant l'étape d'inférence, de l'approche de modélisation ou de la manière dont les traits psychologiques sont analysés, que ce soit de manière catégorielle, unidimensionnelle ou multidimensionnelle. Au-delà du niveau computationnel, l'étude de la mise en œuvre neuronale de l'inférence perceptive peut également éclairer l'hétérogénéité de cette inférence. Alors que la vraisemblance sensorielle est supposée être encodée dans les régions sensorielles, la manière dont les a priori influencent l'inférence reste inconnue. Les a priori pourraient biaiser le processus décisionnel avant que l'information sensorielle ne soit traitée, ou ils pourraient modifier la manière dont l'information sensorielle est intégrée, induisant ainsi un biais perceptif. Ces mécanismes sont particulièrement peu explorés concernant les a priori implicites. Dans cette thèse de doctorat, nous présentons des résultats sur la distinction entre les a priori explicites et implicites, sur les effets des traits psychologiques sur l'inférence perceptive et sur les méthodes permettant d'explorer l'implémentation neuronale de l'effet des a priori implicites. Nous établissons l'existence d'une dissociation entre les a priori explicites et implicites, mettant en évidence des différences dans les calculs sous-jacents. En utilisant une approche multidimensionnelle, nous avons identifié un effet sur l'inférence, significatif et constant, uniquement pour les traits anxieux, qui augmentent le poids de la vraisemblance lors de l'étape décisionnelle. Enfin, nous avons exploré les mécanismes neuronaux impliqués dans l'inférence perceptive, en considérant les a priori soit comme un biais décisionnel, soit comme un biais perceptif. Par conséquent, ce travail constitue un outil permettant de caractériser précisément la prise en compte de l'incertitude à travers l'inférence perceptive.
Institutions
- Cognitive Neuroimaging Lab (FR)
Publication Details
- Journal
- theses.fr (ABES)
- Published
- 2024-12-09
- Primary Topic
- Neural and Behavioral Psychology Studies
- Type
- article
- Field-Weighted Citation Impact
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